Halluciner les dieux

from by Héliodrome

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lyrics

Je puise à même la force de mon intellect / Pour arriver à reconstituer le squelette / Inusité de mon patrimoine étrique. / Je relis attentivement les lettres / Qu’inconsciemment je me suis écrite / Je cherche avec conviction la ligne directrice / Qui m’éclairera sur la lie au fond de mes actes. / Je révise de façon maladive les textes trismégistes / Pour arriver à isoler le substrat / sur lequel se greffent les excroissances / Qui tissent la surface du drap lisse des apparences. / En suivant les signes de piste du Grand Jeu, / Ma voie se précise, délimitée par des balises claires / Qui m’amènent à retrouver foi dans ce que je veux ; / Troquer les aspérités du sous-bois / Pour le terrain plat de la clairière. / J’aimerais être mieux, / Mais quand j’accède à un autre milieu / Les cicatrices sur mes mains s’amincissent et cèdent / Les stigmates succèdent aux allergies / Dès que je m’acclimate à l’inconfort du crucifix. / Quand je prêche sur le parvis du temple / Et que je m’identifie aux idées que j’invente, / Plus rien ne m’isole de mes paroles. / Un type de psychose christique / S’implante dans la nature de mon espèce / Et infecte la psychologie du corps que par paresse / J’ai laissé choir comme mort sur le sol. / Dissocié du macchabé de mon histoire terrestre / J’inspecte les membres sclérosés que je dépèce / Et en saupoudrant les restes de talc, / Je conserve l’empreinte de mes époques. / Je calque sans crainte les rôles que j’adopte. / Car tout est consigné dans mes archives, / Des feuilles mobiles en stock de vivres. / Mais je n’ai plus la force de retourner à mes écrits / Et les esquisses précoces s’accumulent dans l’oubli / Comme autant d’ancêtres anthropoïdes / Qui ont luttés dans le vide pour leur survie. / À ce stade-ci, j’ai les deux mains dans le compost / Et je m’évertue à ressusciter le Faust de mes récits, / Celui qui a fait monter le diable et le magicien dans le même char / Avec comme but de réaliser l’or du millième matin. / Mais il y a encore des fragments de miroir / Sur le plancher de la salle de bain / Et quand je marche pieds nu sur la céramique blanche et noire / La couleur du sang me resitue à un niveau plus humain.

Ouverture sur le monde / Et sur ses contes grotesques / Quand les mythes s’envolent, / Seul le linge sale reste.

Pour retrouver la noirceur nourricière de mon isoloir, / J’ai débranché à contrecœur l’ordinateur / Qui me détournait de l’activité vive de ma mémoire. / Occupé par des jeux solitaires compensatoires, / J’ai pallié à l’amour que j’étais incapable de recevoir. / Maintenant que la peur d’être seul est plus que présente / Je retrouve l’odeur familière de l’encens / Et le besoin de boire un thé à la menthe. / Les derniers mois ont remis à vif mes contradictions latentes / J’ai donc racheté le bouddha décoratif que j’avais mis en vente. / En renversant à nouveau le contenu de ma tasse / J’ai pu observer par où passe l’ennui qui nourrit mes manques ; / Irriguées de désirs, mes envies prolifèrent / Du côté où mes dépendances se transfèrent. / Par sécurité je garde en vie des peurs non-fondées, / Hanté par l’odeur des restes humides de l’incendie / J’associe des agrégats d’émotions solides à ce que j’écris. / La crainte m’oblige à garder l’équilibre / Car dans mes crises de vertiges je suis attiré par le vide / Et la chute qui vient avec si je me décide. / Par moment je parviens à lâcher prise / Et évite d’affronter mes souffrances de façon impulsive, / Si je lévite je me ramène vers le bas / Où j’oppose ma situation actuelle à mes aspirations réelles / Afin de définir les résultats circonstanciels. / Je me revois dans les décombres d’un sous-sol de banlieue / Qui s’est écroulé avec la perte des symboles qui me reliaient aux dieux. / Dans cette pénombre on peut encore entendre des airs de rock progressif / Rythmés par la quinte de toux d’un groupe d’adolescents dépressifs / Qui s’étouffent en négociant entre les tentatives et les suicides, / Élargissant leurs perspectives avec chaque trip d’acide. / Cependant, l’arrière-goût du buvard est devenu insipide / Et le fond de mon regard de moins en moins accessible. / Je ferme mes paupières pour contenir la prière / Qui accompagne chaque souvenir que j’incinère. / Au centre de mon être trône une urne funéraire / Pleine des cendres de la peine associée aux amis que je perds. / La flamme sous mon creuset voudrait voir le jour au sommet de mon crâne, / Fondre les différents aspects de ma personnalité pour enfin en faire une âme.

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from Le Jardin des Especes, released March 14, 2017

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